20
mars 2019

Paris à l'heure nippone au Pavillon de l'Arsenal

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Le Pavillon de l’Ar­se­nal propose, au travers de soixante-dix projets, une lecture du dévelop­pe­ment archi­tec­tu­ral et urbain de la métropole pari­sienne, son histoire et son actua­lité, sous le prisme de l’évolu­tion de l’ar­chi­tec­ture nippone. L’ex­po­si­tion « Archi­tec­tures japo­naises à Paris, 1867–2017", inau­gurée le 27 juin, durera jusqu’au 27 septembre prochain. L’oc­ca­sion de comprendre le dialogue engagé depuis 150 ans entre nos deux cultures. Fuji­shima Takeji, Tsugu­haru Foujita, Kuroda Seiki, Taro Okamoto, ou Jumpei Naka­mura, premier archi­tecte japo­nais diplômé de l’Ecole natio­nale supérieure des beaux-arts de Paris… L’ex­po­si­tion dresse aussi le portrait des artistes venus s’émanci­per auprès des archi­tectes français, et surtout de ce qu’ils ont laissé – et laissent encore – dans la manière de faire la ville.

« Une dizaine de projets majeurs sont en cours de réalisa­tion ou ont été récemment livrés dans la métropole pari­sienne », intro­duit Alexandre Labasse, direc­teur général du Pavillon de l’Ar­se­nal, comme pour légiti­mer la tenue de la mani­fes­ta­tion. De la Sama­ri­taine (Sanaa) au projet Mille arbres (Sou Fuji­moto), jusqu’à la Collec­tion Pinault – Paris dans la Bourse de Commerce (Tadao Ando) ou la future gare Saint-Denis Pleyel (Kengo Kuma)… Dès 2018, plusieurs œuvres japo­naises signi­fi­ca­tives accom­pa­gne­ront ainsi la mue de la capi­tale et de son agglomération. Elles contri­bue­ront « à façonner Paris mais aussi le Grand Paris par des projets qui répondent avec force à mes prio­rités : réintro­duire dans le bâti de la légèreté, de la flui­dité et de l’ouver­ture ; réinscrire la nature au cœur du tissu urbain ; s’adap­ter aux besoins des citoyens et aux trans­for­ma­tions de leur mode de vie en valo­ri­sant la mixité des fonc­tions, la souplesse des usages et l’impératif écolo­gique », souligne Anne Hidalgo, maire (PS) de Paris.

L’expérience du fait métropo­li­tain
L’in­ven­taire, orga­nisé par ordre chro­no­lo­gique, revient d’abord sur les prémices de ces échanges franco-japo­nais cultu­rels et artis­tiques qui ont démarré avec « les construc­tions tempo­raires natio­nales réalisées à l’oc­ca­sion des expo­si­tions inter­na­tio­nales pari­siennes de la fin du 19e siècle », expliquent les orga­ni­sa­teurs. Echanges qui s’inten­si­fie­ront peu avant les années 1930 « avec l’ar­rivée des archi­tectes Kunio Maekawa et Junzo Saka­kura, venus découvrir la moder­nité auprès de Le Corbu­sier ». Rue de Sèvres, dans l’ate­lier de l’ar­chi­tecte, les colla­bo­ra­tions fruc­tueuses se multi­plient, avec Char­lotte Perriand notam­ment. En 1937, Junzo Saka­kura livrera la première archi­tec­ture japo­naise de l’ère moderne à Paris : le pavillon du Japon à l’Ex­po­si­tion inter­na­tio­nale des Arts et des tech­niques. Aujourd’­hui, d’autres binômes se forment : Shigeru Ban avec Jean de Gastines, Sou Fuji­moto avec Laisné Rous­sel et OXO Archi­tectes, Sanaa avec Extra Muros ou Groupe-6… 
Une large partie de l’ex­po­si­tion est consacrée au Mouve­ment métabo­liste, qui, à partir des années 1960, marqua l’émanci­pa­tion du style japon­nais « comme un refus d’un style inter­na­tio­nal », explique Andreas Kofler, archi­tecte et commis­saire de la mani­fes­ta­tion. C’est ainsi que les démarches inno­vantes et les typo­lo­gies singulières nippones ryth­me­ront les nombreux concours de l’époque : l’Opéra Bastille (Kisho Kuro­kawa), la Bibliothèque natio­nale de France (Fumi­hiko Maki), la Grande Arche de La Défense (Kiyo­nori Kiku­take), les Halles (Hiro­shi Hara)… « Pour la trans­for­ma­tion de la Villette, un projet sur dix était japo­nais », rappelle Andreas Kofler. Si aucun des projets ne remporte de consul­ta­tion, le style orga­nique et résilient des archi­tectes japo­nais, par ses formes et ses matières, marque les esprits. « Les premières grandes réalisa­tions archi­tec­tu­rales japo­naises à Paris – le Grand Ecran de Kenzo Tange, la tour Paci­fic de Kisho Kuro­kawa et l’es­pace de médita­tion de l’Unesco de Tadao Ando – devront attendre le début des années 1990 et l’intérêt du très nippo­phile Jacques Chirac », alors maire de la capi­tale. 
« La fréquence des réalisa­tions nippones à Paris ne cesse de s’accélérer, passant de trois bâtiments par décennie dans les années 1990, à au moins un bâtiment par an dans les années 2010 ». 
Car à l’heure du Grand Paris, "le regard métropo­li­tain des archi­tectes japo­nais est parti­culièrement solli­cité", « non pour repro­duire Tokyo », mais pour « injec­ter de nouveaux rapports entre les mouve­ments de la métropole et la prolifération des espaces publics, de ses lieux de consom­ma­tion, de ses services, de ses entre­prises, de ses plai­sirs… ». Au-delà des projets pres­ti­gieux comme la Sama­ri­taine, "les archi­tectes japo­nais parti­cipent à la muta­tion urbaine". L’une des futures gares emblématiques du Grand Paris Express, Saint-Denis Pleyel, en est une parfaite illus­tra­tion. Kengo Kuma explique avoir conçu cette gare « autour d’un grand vide, point de passage pour la lumière natu­relle », mais aussi : « ce quar­tier a besoin d’es­paces publics » ; trois seront ainsi créés. Pour le Lear­ning center de Paris Saclay, Sou Fuji­moto entend lais­ser la nature du parc linéaire voisin enva­hir le bâtiment.