21
janvier 2021

Club Ville Aménagement : des économistes parlent d’écologie

Stratégies urbaines
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"L’écologie est affaire d’économie" : l’intitulé du 5 à 7 du Club Ville Aménagement, le 24 novembre, présentait une apparente contradiction "comme si l’économie existait en dehors du monde réel et du bien-être des habitants", observe Ariella Masboungi, Grand prix de l’urbanisme 2016, conceptrice et animatrice de ce débat. "Mais peut-on penser raisonnablement organiser la transition écologique sans prendre en compte l’économie, les impacts sociaux de la transition, son inscription dans le territoire ? Comment inventer les modèles économiques de l’écologie ?".

Magali Talandier*, économiste, professeure en urbanisme et aménagement à l’université Grenoble Alpes, juge indispensable de "parvenir à concilier les deux, transition écologique et relance économique". Elle avertit : "une transition écologique non inclusive serait vouée à l’échec et nous mènerait vers une société encore plus dure, plus clivante". C’est selon elle par les villes et les territoires que des actions pourront mener à un changement à moyen terme, dans une résilience qui "nous sorte des discours binaires opposant centre-périphérie, villes-campagnes, transition-inaction…".

La méthode ? "Décloisonner en repérant des acteurs-pivots qui mettent de l’huile dans les rouages, pour passer d’un modèle métropolitain marqué par une hypertrophie des flux entre des systèmes très spécialisés à un changement de nos modes de production et de consommation. Pour cela, il faut des passeurs : des collectifs, des groupes innovants d’un point de vue technologique ou social".

Pierre Veltz** prône lui aussi "une vision pluraliste", au service d’une "trajectoire qui permette des changements profonds, sans un cortège de chômage et de difficultés sociales". Il souligne l’impératif de "faire système" et de ne plus se contenter d’un "verdissement " appuyé sur le seul développement de filières (la rénovation thermique des bâtiments, les transports électriques, l’économie circulaire…). "Le vrai moteur de décarbonation est dans l’aménagement global de la ville (logement, versus travail, versus mobilité)", explique l’économiste, Grand prix de l’urbanisme 2017. Pour lui, sans ambiguïté, "c’est le fait de laisser aux maires l’entière maîtrise de l’urbanisme qui nous a conduit à cette ville extraordinairement dispersée, reflet direct d’une organisation institutionnelle qui n’est plus tenable". La situation commande de "revenir à une forme de planification". D’autant que l’"on a besoin d’investissements lourds. Les Etats sont assez frileux alors que certains projets ne peuvent être montés qu’au niveau national ou international".

Magali Talandier invite pourtant à "prendre au sérieux la question du local, un espace où l’on a l’impression qu’on peut agir et qui peut permettre de revoir l’ordre de nos priorités, tout en restant connectés au global". Le développement économique d’une ville est classiquement fondé sur son attractivité : l’économiste propose de "changer de registre, préserver les ressources, prendre soin des habitants…". "Le local est un vecteur particulièrement efficace pour comprendre les problèmes et mobiliser les énergies", abonde Pierre Veltz, sans pour autant sous-estimer les interdépendances entre territoires. Plus largement, "il faut se réinterroger sur les orientations générales de nos économies, en lien avec les grandes tendances de notre société : les marchés qui se développent (la santé, le bien-être, l’alimentation, le loisir, l’éducation, la culture, la mobilité) ont en commun d’être centrés sur les individus".

Quelles perspectives d’utopies réalistes pour (se) redonner espoir ? Magali Talandier propose "un scénario de reconnexion des espaces de production et de consommation, une re-superposition de nos multiples lieux de vie [qui] apaiserait pas mal de choses". Pierre Veltz est frappé par "le contraste entre un discours convenu de morosité et un vrai bouillonnement de projets". Il croit possible de "déspécialiser les espaces, cesser de focaliser la question écologique sur la rénovation thermique, arriver à secouer le fatras des normes, et permettre à la créativité de s’exprimer dans un monde à reconstruire".

Le prochain "5 à 7" est prévu au mois de mars prochain, autour du thème du logement. En juin a été reprogrammée la rencontre avec le sociologue et historien Richard Sennett, reportée en raison de la crise sanitaire.

*"Les enjeux économiques de la résilience urbaine", mai 2020, collection Le virus de la recherche, éd. PUG – "Résilience des métropoles. Le renouvellement des modèles", 2019, Les Conférences Popsu, éd. PUCA.
**"L’économie désirable. Sortir du monde thermo-fossile", à paraître en janvier 2021, collection la République des idées, éd. du Seuil.

Débat à voir ou revoir sur : "5 À 7" Magali Talandier et Pierre Veltz – YouTube 

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